Moisson

Par grand vent, me suis senti extrêmement petit et suis allé hurler un poème trop vert. Au-dehors, appuyé sur la balustrade, des côtes enfin, vues comme les rivages d'un désert interdit dont les bouffées de chaleur me parvenaient.

Le terreau égocentrique, jeune tourné au-dedans, entre fierté et angoisse. Une traversée en paquebot qui me permit de refaire des mondes; celui de K. par attitude, de L. par rêverie, de C. sans le savoir, de R. dans mon coeur, de ceux de qui j'emboîtais le pas. Bien conscient de suivre des routes tracées mais voulant tout jeter par dessus bord et poser un pied explorateur sur un lieu jamais vu - je pensais être celui qui dit "et soudain...

Jeter un regard: le mouchoir agité en gare, un geste de regret, le pont que l'on fait sauter, lettre sans trace, bagage posé pour s'alléger de l'inutile mais prêt à être remis sur l'épaule.

Arriver dans un port en faux matelot et poser un pied chancelant sur une terre trop rêvée pour se dérober, tourner le dos à la mer sans gratitude et foncer tête baissée dans la fiction.

Cet autre moi, jeune homme sans barbe saisi par les sens avant toute chose: la chaleur humide, les klaxons, les détritus, la concentration humaine - au coeur de l'objectif corporel, les pores ouverts, la sueur en gouttes, la fatigue, mon visage blanc trop connoté et, souvent, l'idiome apparaît comme la pièce manquante du puzzle.

La solitude exprimée par l'intraduisible élan de joie, d'invisibles dangers, des désirs inavoués dans une foule à la langue agitée, bien visible, voulant toujours.

S'accrochant symboliquement au contenu du sac: mon, ma, mes. Triste illusions dans une glace sans teint d'un hôtel sans nom.

Un paysage en grains.

Le thé: chaud sur chaud.

L'auteur nous emmène dans un voyage temporel et géographique. Le temps de l'enfance, de la jeunesse... les lieux, mégapoles, bourgs, villages, lieux-dits, défilent dans une succession d'histoires courtes. Tantôt il s'épanche dans des réflexions douces-amères, tantôt, il nous offre un regard plus concret, plus matériel, plus solide qui nous raccroche à la vie réelle, ainsi il évoque la sècheresse de l'été, les enfants qui jouent avec des toupies... une montre perdue dans le foin.

(Présentation du livre, éditions Monographic)