Robert Walser lecteur de petits romans sentimentaux français

Lecteur presque omnivore, Robert Walser était séduit par le roman populaire, ses ficelles et ses maîtres, Stendhal, Balzac, Sue et Dumas. Sans être vraiment bilingue, mais ayant grandi à la frontière des langues, il les lisait en français. Plusieurs proses écrites à Berne à la fin des années 1920 s’inspirent de petits romans à l’eau de rose parus sous couverture illustrée. Walser lit assidûment ces brochures à deux sous, écrites et produites en série (collection «Le Petit Livre», chez Ferenczi): il s’interroge, résume, parodie, s’approprie leurs intrigues et se délecte de la moralité ambiguë de ces récits aux titres suggestifs. Ce Minizoé  présente et commente trois de ces proses, dont l’une est inspirée par Le Semeur de larmes, un roman signé Sim, un pseudonyme de Georges Simenon.

(Présentetion du Minizoé, éditions Zoé)

Kurzkritik

Marion Graf, éminente traductrice entre autres de Robert Walser, publie un Minizoé intitulé Robert Walser lecteur de petits romans sentimentaux. En plus de trois inédits délicieux et subtils de Robert Walser que Marion Graf a traduits et dans lesquels Robert Walser décline un point de vue complexe sur la littérature autant sous l’angle de la lecture que de l’écriture, elle livre une analyse claire et documentée du rapport de Robert Walser avec la littérature populaire qu’elle conclut par la genèse du recyclage inventif  «au mépris de la chronologie et de la hiérarchie» de l’un d’entre eux: «L’enfant adoptif».  Autre nom, peut-être, de l’enfant du bonheur, léger et sans attaches sinon celles de vouloir créer une œuvre littéraire à partir de n’importe quel «matériau», puisque même trivial, «il peut devenir un petit bijou»? (Françoise Delorme)