Cellulose Roman
Morlan, un commis de bureau, tout droit sorti d'un roman di Nicolas Gogol, un jour de panique hiérarchique, ingurgite un dossier que son chef lui réclame à grands cris, pour ne pas perdre la face. Ce geste absurde va l'entraîner dans un engrenage de mensonges et d'actes de plus en plus inavouables. Lui ne veut rien d'autre que poursuivre son train-train quotidien dont il se délecte et passer ses week-ends, seul, à manger de la pizza en regardant des épisodes de la série «Magnum».
Les autorités, alertées par cet incident, réunirent en comité les spécialistes de cet étrange comportement alimentaire. Cette réunion lève le voile sur les autres protagonistes de cette fiction: un très prétentieux professeur de médecine, passionné d'aviculture, une psychologue, sans vocation, experte en papyrophagie, un lobbyiste tyrannisé par ses enfants, une femme inconnue et hystérique et un second médecin aussi barbu que mutique.
Ce roman choral à l'écriture fine, volontiers cynique dévoile la violence d'une société administrative où la place de chacun est figée avec en toile de fond une question délicieusement post-moderne: a-t-on le droit de ne pas avoir d'ambition?
(Présentation du roman, Olivier Morattel Éditeur, 2015)
Avec allégresse, Guy Chevalley, jeune auteur déjà bardé de prix (dont le prestigieux Prix du jeune écrivain de langue française, 2009) et cofondateur de l'AJAR, tisse un récit en cascade dans Cellulose, son premier roman. Tout en décalage satirique, l'histoire joue à l'arroseur arrosé.
Le point de départ se situe dans un monde proche de la bureaucratie suisse où, «pour des raisons budgétaires», les liens sociaux au travail comme dans la famille sont rigoureusement comptabilisés car chacun lutte, mesquinement, pour préserver son bon «droit».
Par effet domino, s'enchaînent de courts chapitres livrant le point de vue de chacun lors d'un week-end tragique. On est souvent dans l'outrance, certes, les personnages sont un brin vieillots et la résolution trop abracadabrante mais les passions absurdes de chacun ou les comparaisons à l'univers kitch de l'enfance et aux séries TV apportent une ironie rafraîchissante. (Marianne Brun)