Essenze
Elle a donné un titre générique à ses poèmes et à sa peinture: «Essenze» dans sa langue d'expression, «Essences» en français. Elle signe Errepi, comme il faut prononcer en italien ses initiales: RP.
[…] «Essenze» parce qu'elle sent un besoin impérieux d'en venir à l'essentiel. Elle veut dépouiller son expression de toutes les gangues, dépolluer son verbe, éliminer les scories de son jardin des arts.
C'est la règle exigeante, la discipline de tous les instants qu'elle s'impose pour tendre à la pureté, seule digne d'intérêt. Une démarche presque monastique, consciente ou non, qui la rapprocherait de la Beauté... essentielle, «troppe parole turbano, troppi sensi feriscono» («trop de paroles trouve, trop de sens, blesse»).
Quand on a le bonheur de connaître Rita Perraudin Pacifici on peine à faire concorder les deux images, celle de la rigueur austère et celle de la chaleureuse Toscane. Pourtant c'est bien elle, la Tyrrhénienne, qui a grandi entre cèdres, eucalyptus et magnolias, qui a bu le Moscato et l'Aleatico, qui a dans l'accent des galets roulants, c'est bien elle qui épure mots et peinture jusqu'à la transparence, à la limpidité, «trasparenze verdi di fondi».
Cette forme d'ascèse est pourtant loin de la désincarnation. Les poèmes chantant sur des rythmes de jazz. L'un est rouge, il est rauque, il brûle la page, l'autre est frais comme une «douche écume de brise». En peinture et en poésie ses bleus, intenses, chauds, profonds et transparents, rappellent la mer qui parcourt de son souffle puissant toute l'œuvre. […] (Pierre Fournier, Le Nouvelliste, 05.06.2000)