L'Analphabète Récit autobiographique
Onze chapitres pour onze moments de sa vie, de la petite fille qui dévore les livres en Hongrie à l'écriture des premiers romans en français. L'enfance heureuse, la pauvreté après la guerre, les années de solitude en internat, la mort de Staline, la langue maternelle et les langues ennemies que sont l'allemand et le russe, la fuite en Autriche et l'arrivée à Lausanne avec son bébé.
Ces histoires ne sont pas tristes, mais cocasses. Phrases courtes, mot juste, lucidité carrée, humour, le monde d'Agota Kristof est bien là, dans son récit de vie comme dans ses romans.
(4ème de couverture)
« Ce récit évoque des moments les plus intérieurs, parmi les plus enfouis, les plus lointains et décrit en même temps la dureté d'un monde d'adoption qui ne fait pas que des cadeaux. Les trous de mémoire et la misère de la vie réelle trouvent dans la simplicité drastique et la construction en courts chapitres leurs figures justes. Toute une existence s'incarne sous nos yeux dans la lumière d'un vocabulaire qui nous renvoie à nos émotions les plus fortes, douleur de la perte, de toute forme d'exil, bonheur de prononcer et souvenirs d'enfance clairs ou obscurs, dans lesquels un peu de chaleur a subsisté et réchauffe encore peut-être cet écrivain dont la souffrance s'est parfois transformée en amertume. Mais ce n'est pas elle ici qui gagne, plutôt le défi, celui d'écrire dans cette nouvelle langue, d'écrire dans et pour ce nouveau pays pas toujours accueillant, mais suffisamment pour que reste réveillé le puissant désir qui anime Agota Kristof, désir dont ce livre témoigne comme une pierre lumineuse aux arêtes vives. [...] Qu'un si court récit nous soit donné d'une vie par la mise en oeuvre si intense des mouvements les plus infimes ou apparemment anodins de la langue et que rien ne semble y manquer tient du prodige, le miracle d'une langue réellement réinventée... » (Françoise Delorme, Le Passe-Muraille, No 62, septembre 2004).
« Chez Agota Kristof, le style suppose un art de la synthèse qu' on suppose anticipé par de longues réflexions » (Pascal Gavillet, Tribune de Genève, 27.09.2004).
« Tout cela dit en phrases courtes, simples, qui use de sa froideur même pour traduire la brûlure de l'injustice, de la blessure, d'un désespoir pudique. Prose admirable dont le dépouillement accroît le pouvoir d'expression, de suggestion. Le non-dit affleure à chaque ligne, cet art pauvre enrichit le monde intérieur du lecteur » (Jacques Poget, 24 Heures, 01.09.2004).
C'est peu pour un livre, ou plutôt: c'est peu pour un livre d'Agota Kristof. Onze souvenirs autobiographiques, rassemblant de fait des textes isolés écrits pour la revue alémanique Du dans les années 1989-1990. S'il n'est pas comparable aux livres qui ont fait connaître l'auteure, L'Analphabète est émouvant, parce que la vie d'Agota Kristof, et sa façon de la considérer, sont émouvantes. Et qu'elle parvient à laisser percevoir un long chemin en quelques pages sans déséquilibre, avec une cohérence stylistique remarquable.
Salué avec un amour et une sincérité évidents par plusieurs journaux , il nous a pourtant donné l'impression, en dépit de ses qualités, de répondre davantage à des besoins éditoriaux qu'artistiques. « Ce sont les Archives nationales qui ont retrouvé [ces textes]. Ils ont tous mes manuscrits. Je suis très contente: ça gâchait ma chambre à coucher ». Cette citation, tirée d'un entretien accordée par Agota Kristof au quotidien Le Matin, laisse songeur. Nous ne croyons pas qu'il faille y voir une coquetterie ou une pose, ce n'est pas le genre de l'intéressée. L'auteure raconte elle-même dans L'Analphabète que la publication du _Grand Cahier_avait répondu à son désir, à une aspiration.
Quoi qu'il en soit, considérant l'émotion de lecture dont attestent les articles évoqués, nous nous sommes souvenus que plus d'un chef-d'oeuvre a été arraché à son auteur malgré lui.
(Rédaction du Culturactif, 10.11.04)