Walter Vogt wurde 1927 in Zürich geboren. Der Professor für Radiologie in einem Berner Spital und bürgerliche Familienvater publizierte 1965 einen ersten Erzählband, Husten (Diogenes). Diese literarischen Debüts trugen ihm den Zorn vieler Berufskollegen sowie schlagartige Bekanntheit ein. Vogt vollzog eine Umorientierung. Er wurde Psychiater, experimentierte mit Drogen, erprobte die Homosexualität, engagierte sich für die Ökologie, präsidierte die Gruppe Olten, und publizierte zugleich in schnellem Rhythmus Romane, Theaterstücke, Novellen, Essays, Reden und mehr. Er starb 1988 an Krebs.
Bibliographie
Publiées en allemand par Nagel & Kimche, les œuvres complètes de Walter Vogt (1927-1988) s’élèvent à onze volumes; ce psychiatre alémanique était aussi un graphomane. Bertil Galland avait été le premier à lui faire franchir la Sarine en publiant Le Congrès de Wiesbaden en 1977. Puis l’éditeur Bernard Campiche a pris le relais en confiant la traduction de plusieurs ouvrages à François Conod, décédé en 2017, dont voici le sixième et dernier: Schizogorsk. Un roman de Walter Vogt est un plaisir rare. On se jette dessus en oubliant tout le reste.
Le milieu médical étant omniprésent dans son œuvre, il n’est pas surprenant que le narrateur soit psychiatre. Sans doute hésiterait-on à confier ses névroses à ce type étrange, maniaque, qui commence par décrire minutieusement sa maison de banlieue, son jardinet et la pièce où il reçoit ses patients. On a vite l’impression que ce professionnel des secrets cache aussi des choses au lecteur. A-t-il joué un rôle dans la mort suspecte d’un de ses patients? Face au commissaire Wicky, le psychiatre pratique l’allusion, l’esquive, la dérobade. Il prétend aussi travailler à une «théologie du mal». Ce n’est pas rassurant.
D’autant que survient une autre mort. Puis celle du commissaire lui-même, terrassé par un verre de lait. Passé son enterrement, le récit prend subitement une direction inattendue en plongeant dans les entrailles de l’armée suisse (autre thème récurrent chez Walter Vogt). Des pages d’une drôlerie féroce décrivent l’institution militaire. Et le psychiatre se retrouve embarqué dans une opération secrète menée par un colonel d’état-major frustré d’une belle guerre qui le ferait briller. L’objectif est un village insurgé, à la frontière cantonale entre Fribourg et Berne, que les militaires ont rebaptisé «Schizogorsk». C’est un beau titre pour ce roman inquiétant, grinçant, déroutant, et d’une rigueur extrême jusque dans ses échappées les plus délirantes.
MICHEL AUDÉTAT, Le Matin Dimanche
(présentation du roman par Bernard Campiche Editeur)