Storie di paese/Histoires de village. Poèmes en traduction croisée

Entretien bilingue avec Jérôme Meizoz et Alberto Nessi

Fokus vom 11.10.2022 von Natalia Proserpi

Pubblicata nel 2022 dalle Editions Empreintes, Storie di paese/ Histoires de village è una raccolta poetica a due voci, un libro bilingue in cui Jérôme Meizoz e Alberto Nessi fanno dialogare i loro universi letterari e si incontrano attraverso la traduzione. Divisa in due parti distinte che presentano entrambe tredici componimenti, la raccolta fa seguire al nucleo di testi di Nessi le poesie di Meizoz, affiancando ai componimenti originali le traduzioni che i due poeti hanno realizzato nella loro lingua. Il libro si legge pertanto come una raccolta in cui due mondi poetici si incontrano e si richiamano – centrali sono infatti il tema del paese e la dimensione dell’ordinario e del quotidiano, cari a entrambi –, ma anche come un libro di traduzioni in cui si avvertono il desiderio dello scambio e la ricerca del confronto. Un dialogo poetico, in definitiva, originale e ricco di spunti, che incrocia le lingue e gli immaginari poetici e invita a leggere la traduzione come un gesto di avvicinamento all’altro, ma anche come una modalità di scrittura che, se mira a restituire il diverso, presenta anche forti consonanze con la scrittura poetica in proprio.

Dans le texte d’introduction qui ouvre le recueil, vous écrivez que le projet de ce livre de «poèmes en traduction croisée» nait en 2016 à la suite d’une amitié cultivée «au fil des années». Voyez-vous donc la traduction avant tout comme un geste d’échange et d’amitié ?

JM : Dans ce cas précis, oui, mais la traduction n’est pas toujours un geste d’amitié ! L’existence d’une traduction dépend souvent d’enjeux éditoriaux, financiers voire géopolitiques qui se discutent d’abord à la Foire de Francfort ! C’est l’enjeu des traductions en 25 langues, qui génèrent une littérature internationale destinée à un public aux attentes assez voisines par-delà les différences culturelles. Notre livre n’a rien à voir avec ce circuit international où la langue originale perd tout intérêt, puisque ces ouvrages se lisent majoritairement dans d’autres idiomes. Il s’agit ici véritablement d’un livre amical, conçu à partir d’échanges et d’affinités personnelles – je suis un admirateur de longue date de la poésie d’Alberto Nessi – grâce à l’enthousiasme non commercial d’un éditeur de poésie exigeant, Alain Rochat d’Empreintes. Nous avons choisi le terme de «traduction croisée» pour rendre compte de cette démarche centrée sur la langue et les points communs de nos univers littéraires. Dans le livre, la présence de deux idiomes, leur voisinage et leurs différences, sont centrales. Chaque texte existe en deux versions (italien/français), pour rendre visible tous les choix de transposition.

Dans l’introduction vous parlez d’«affinités d’écriture», d’intérêts communs qui vous rapprochent d’Alberto Nessi – en particulier l’affection pour «une écriture de l’ordinaire», le souci du détail, l’attraction envers la dimension du village. C’est cette affinité qui vous a poussé à vouloir le traduire ?

J’ai découvert Nessi d’abord en français, il y a vingt-cinq ans, grâce aux éditions Empreintes déjà (Il Colore della malva /La Couleur de la mauve, Chavannes-près-Renens, Empreintes, 1996) dans la traduction de Christian Viredaz et Jean-Baptiste Para. Plusieurs livres d’Alberto ont marqué mon travail, j’y ai découvert une poésie qui refuse la grandiloquence et les thèmes poétiques classiques, pour se tourner vers l’infra-ordinaire (rasoterra, dit Nessi) qu’il sait transfigurer en quelques vers, en accueillant des émotions que bien souvent nous ignorons ou refoulons dans le tourbillon du quotidien. Il se trouve que j’écris aussi autour du «village», cette petite comédie humaine, et que j’aime beaucoup les poètes américains qui ne craignent pas d’évoquer les situations les plus communes. Par exemple, Raymond Carver, Jim Harrison ou bien, en France, Thomas Vinau.

Est-ce que l’affinité entre deux poètes est nécessaire pour que vous puissiez traduire ou pourriez-vous imaginer, au contraire, de traduire un.e auteur.e qui vous est étranger.e quant au langage et à l’imaginaire littéraire ?

Je précise que je n’ai pas appris l’italien à l’école, mais l’ai choisi comme langue affinitaire, en m’y initiant, de manière tout à fait approximative, à travers la lecture de journaux et de romans (Alajmo, Tabucchi, De Luca). L’idée de traduire Nessi n’avait pas pour but d’ajouter une traduction à celles, impeccables, de Viredaz et Para. Je n’ai pas leurs compétences. Il s’agissait plutôt d’intérioriser personnellement la poésie de Nessi par cette expérimentation linguistique complète, assez ascétique, qu’est la traduction. Alberto m’a fait l’honneur – et dieu sait s’il avait autre chose à faire ! – de me donner la réplique dans son propre univers, en quelque sorte. Pour revenir à votre question, je ne pourrais pas du tout faire ce travail sur un.e auteur.e inconnu.e ou avec lequel je n’aurais pas de vives affinités.

Les poèmes publiés dans ce volume sont votre première traduction. Comment avez-vous affronté ce travail ?

Oui, je n’ai jamais traduit de texte littéraire. Traduire est un métier et cela ne s’improvise pas. C’est d’ailleurs le risque et la limite, peut-être, de notre livre. À la critique et aux lecteurs d’en juger. J’ai commencé par lire les poèmes de Nessi à haute voix de nombreuses fois, avant d’en faire une traduction littérale pour m’assurer de comprendre au mieux les formes choisies et le registre de langue. Ensuite, il y a eu une seconde version, plus axée sur la découpe du vers et les jeux de sonorités. C’est l’étape la plus complexe, car la poésie italienne engage une versification très différente de la poésie française. Et les sonorités comme les accents toniques sont très différents dans les deux langues. Pour le reste, l’univers thématique de cette poésie m’était assez familier, ce qui m’a aidé je crois dans la recherche d’un «ton».

Storie di paese/Histoires de village est un livre au statut particulier, il peut être lu en même temps comme un recueil de poésies, une traduction, un livre à deux voix, une sorte de «macrotexte» qui présente une continuité thématique et où les parties se répondent. Au-delà de l’intérêt pour la traduction, on y perçoit le désir de la collaboration, du partage, la volonté de travailler ensemble et de dialoguer au travers des langues. Comment s’est déroulé le travail au fil des années et de quelle manière le livre a-t-il pris forme à travers les échanges successifs ?

À partir de l’idée initiale, on a commencé à s’envoyer des textes et chacun s’est mis à traduire, assez lentement, car nous avions tous deux bien d’autres tâches en cours. On se relisait et on se posait des questions sur certaines formes, allusions ou références. Un premier ensemble de poèmes a paru dans la revue française Europe (no. 1077-1078, janvier-février 2019, pp. 175-190) et nous avons fait deux lectures publiques, à Martigny et à La Chaux-de-Fonds. Puis nous avons décidé de poursuivre jusqu’à aboutir à un manuscrit complet au printemps 2021.

Pour en venir aux questions de traduction, il y a dans ces poèmes de Nessi une évidente recherche rythmique, qui se manifeste par exemple à travers l’emploi fréquent – bien qu’irrégulier – de l’endécasyllabe, les répétitions sonores, les rimes, sporadiques mais parfois rapprochées et marquées, surtout vers la fin des poèmes. Comment avez-vous travaillé sur le rythme ?

J’avoue que la versification et la prosodie italienne sont très difficiles, surtout pour moi qui ne maîtrise pas les subtilités de l’italien littéraire. Mais les discussions avec Alberto m’ont beaucoup aidé, comme ses remarques sur mes essais de traduction. J’ai pris le parti, après des versions peu convaincantes, de ne pas chercher à rendre le rythme italien tel quel, mais de trouver en français un «ton» et une musique qui correspondent analogiquement à l’effet des poèmes de Nessi.

Du point de vue du vocabulaire, ces poèmes présentent aussi des défis, par exemple dans l’emploi de certains verbes imagés et évocateurs, comme « s’infrascano » (Contrappunto, « sotto la quercia dove uccelli s’infrascano/ nel folto », traduit par « sous le chêne où se cachent les oiseaux ») et « sfrasca » (Filo d’erba, « come la gazza/ che dai rami sfrasca ghignando », traduit par « comme la pie/ jaillit des branches en ricanant »), ou encore dans la présence plutôt marquée du langage oral, évidente par exemple dans l’emploi des articles devant les noms propres et dans certaines expressions populaires et dialectales. Cela a-t-il été problématique de rendre ces termes en français ?

Ces images originales et les connotations du lexique ont fait l’objet de discussions détaillées. Il s’agissait pour moi de rester plus proche de l’effet que visait Alberto. J’ai donc travaillé à partir de ses remarques et conseils. Parfois, il a fallu déplacer les effets sonores : «infrascano» est par exemple bien plus riche et varié que «se cachent», qui l’appauvrit. Par contre, avec «se cachent», on peut densifier l’allitération en «s» dans le vers («sous le chêne où se cachent les oiseaux»). Le matériau sonore perdu (s’infrascano/sfrasca) s’actualise ailleurs, par exemple dans les allitérations en «r» et en «c» («comme la pie/jaillit des branches en ricanant»). Quant au lexique, je m’en suis tenu le plus souvent au registre familier, conformément au ton si caractéristique de Nessi. Même s’il opte pour des formes très littéraires, jamais elles ne sont hautaines ou gratuitement obscures, de nature à humilier un lecteur non-savant. C’est une poésie qui ne renie pas le monde populaire, comme celles de Prévert, Supervielle ou Reverdy. Il y a une fidélité politique au peuple dans les textes de Nessi, là aussi en résonance avec mes propres valeurs.

La tromba d’aria dell’agosto 1960 est intéressant pour réfléchir à la traduction comme transfert non seulement linguistique mais aussi culturel. On y trouve en effet différentes références culturelles, comme le jeu de la morra, que vous avez dû préciser dans le texte et expliquer dans une note, ou encore le monstre Düs et le terme « barlotto », qui indique, comme vous le dites à la fin du livre, le sabbat. Est-ce que dans ces cas le dialogue avec Alberto Nessi a été éclairant ? Avez-vous pensé vous-même à insérer la note à la fin du livre ?

Bel exemple de la dimension culturelle qu’engage toute traduction, entrelacée à ses enjeux linguistiques… Ces termes et ces pratiques m’étaient inconnus, c’est Alberto qui me les a expliqués. Je ne sais plus qui a pensé à des notes explicatives, ce doit être de mon initiative, mais on a tout de suite été d’accord à ce sujet. Dans ce poème évoquant une tempête restée fameuse dans les mémoires, il y a tout un arrière-plan culturel mal connu des lecteurs francophones. Cela méritait une précision pour savourer la richesse symbolique de ce poème qui, au premier abord, peut sembler anecdotique.


Come annuncia la quarta di copertina, è stato Jérôme Meizoz a proporle di pubblicare questo libro di poesie «in traduzione incrociata». Come ha accolto la proposta?

AN: Conoscevo Jérôme come valido narratore e in un primo momento sono rimasto sorpreso dalla sua proposta. Poi ho accettato volentieri, perché trovavo la proposta di «traduction croisée» coinvolgente e perché c’è un filo che unisce le nostre poesie: il filo della quotidianità. E poi mi piace stare con qualcuno, mettere in comune la mia sensibilità con quella di un amico, staccarmi dal mio ombelico; la poesia “ombelicale”, che domina oggi in Italia, mi mette a disagio.

L’aspetto dello scambio, della «messa in comune», è stato più importante che in altri lavori di traduzione se così posso dire “unilaterale”?

Sicuramente. Un conto è tradurre un morto, o un poeta che non si è conosciuto, un altro conto tradurre un amico. È vero che ciò che conta è il testo, ma non dimentichiamo che l’affettività ha sempre un peso in ciò che facciamo, anche in letteratura e nella traduzione. Io entro nel mondo di un altro e devo farlo sempre con delicatezza, a maggior ragione se l’altro entra nel mio mondo. La traduzione è un incontro.

Abbiamo parlato della traduzione come gesto di amicizia e di complicità tra due autori e linguaggi per certi versi affini. Nella premessa al suo quaderno di traduzioni, Vittorio Sereni distingueva tra le traduzioni realizzate per «affinità» e le traduzioni realizzate invece «per confronto, se non proprio per opposizione», sostenendo di aver imparato maggiormente dal lavoro su poeti che non gli assomigliavano. Ricordo la frase che viene dopo questo passaggio: «Traducendo non tanto ci sia appropria, non tanto si fa proprio il testo altrui, quanto invece è l’altrui testo ad assorbire una zona sin lì incerta della nostra sensibilità e a illuminarla». Qual è la sua posizione, pensa che si possa cogliere meglio – e quindi rendere meglio nella propria lingua – un linguaggio e una scrittura a cui ci si sente vicini?

La mia posizione è quella eretta: cerco di capire l’altro. Come poeta mi sento diverso da Jérôme e anche per questo ho accettato la proposta. Che era anche una sfida: come tradurre la musica della lingua di partenza nella mia lingua madre? È la sfida di tutti i traduttori. Ma io non sono un traduttore, anche se ho fatto qualche esperienza in questo campo, traducendo un po’ di Jean-Marc Lovay, Maurice Chappaz, Nicolas Bouvier, Charles Berthouzoz e Gustave Roud.
Penso anch’io, come Sereni, che è l’altrui testo a illuminare la nostra sensibilità: a proposito della quale mi piace citare Primo Levi: «...la sensibilità linguistica, che è l’arma più potente di chi traduce, ma che non si insegna nelle scuole come non si insegna la virtù di scrivere in versi o di comporre musica» (Primo Levi, L’altrui mestiere, Torino, Einaudi, 1985, p. 112).
Nel testo introduttivo a Del camminare in pianura (mia traduzione di Petit Traité de la marche en plaine, titolo originale dell’opera) dico che mi sono messo a tradurre Gustave Roud «forse perché il poeta di Carrouge rappresenta la parte di me che se ne sta più nascosta» e perché «ho sognato di camminare, io così diverso da lui come poeta, in una campagna dove l’avena a giugno fa frinire i suoi corimbi»: il suo Haut-Jorat era il mio Mendrisiotto (Gustave Roud, Del camminare in pianura, a cura di Albero Nessi, Locarno, Dadò, 2014, pp. 11-12).
Nel caso di Jérôme c’è qualcosa d'importante che ci accomuna: quello di tentare una forma che non sia la «descente vers soi» (Jaccottet/Gustave Roud- Correspondance 1942-1976, a cura di José-Flore Tappy, Paris, Gallimard, 2002, p. 48) dei poeti romandi ma piuttosto «une descente vers les autres». Anche se, poi, andare incontro agli altri significa anche affondare una sonda dentro di sé.

Il titolo pone al centro del libro la dimensione del paese, le vite dei singoli, la quotidianità – dimensioni molto presenti nelle sue opere. Come ha scelto i testi da includere nella raccolta? Avevate definito già da principio il tema che attraversa i vari componimenti o l’idea di far ruotare il libro attorno alla dimensione del paese è nata successivamente?

L’idea è nata nel 2016 ed è stata di Jérôme, che ha proposto anche il tema e il titolo. Ho cercato di scegliere testi recenti, editi o inediti, che ruotassero intorno al tema “paese”.

Le sue traduzioni presentano alcune tracce di oralità – intrecciata, comunque, con tessere segnatamente letterarie. La presenza dell’oralità, riconoscibile in molti suoi testi, è qualcosa che avvicina il suo linguaggio alla poesia di Meizoz?

Sicuramente. Sia nelle mie opere poetiche sia in quelle in prosa l’oralità e il mondo popolare rivestono un ruolo importante. Così, mi sono trovato a mio agio nella traduzione delle poesie di Jérôme.

I testi di Meizoz pubblicati in questa raccolta presentano in genere versi molto brevi, spesso composti di poche parole. Come ha lavorato sulla componente ritmica dei testi?

Ho cercato di rispettare la scelta metrica del verso breve, il cosiddetto “versicolo”, che è ben diversa dalla mia. Io prediligo, infatti, il verso narrativo oppure l’endecasillabo (anche se nell’ultima mia raccolta, Minimalia, ho abbreviato la misura e il numero dei versi di ogni componimento). Credo che compito del traduttore sia di mettersi al servizio di chi viene tradotto: ma, se è poeta, è indubbio che qualcosa della propria poetica passerà nel tradotto.

Prima ha parlato della sfida che è di ogni traduttore, quella di riuscire a tradurre la musica della lingua di partenza. Oltre a questa, quali sono state le difficoltà maggiori che ha incontrato?

La prima difficoltà è quella di capire in profondità la poesia. «Sei sicuro di aver capito bene il testo?», mi chiedevo. Ho cercato di immaginare i personaggi e le situazioni messi in scena da Jérôme. E poi il problema della scelta delle parole giuste, che c’è sempre quando si scrive, ma nella traduzione si complica: se traduco «les poings blancs/des sureaux en fleur» con «le macchie bianche/ dei sambuchi in fiore» non sono fedele nel lessico («poings» con «macchie» è un’infedeltà) ma mi sembra di aggiungere icasticità e musicalità al testo (anche se io unirei in un endecasillabo i due versi brevi: ma questa è la mia poetica...).

Nella prefazione si parla di «esplorare un universo, una lingua, e di farli risuonare nella propria». Mi sembra una bella immagine, che esprime bene la continuità che può esistere tra scrittura e traduzione. Che effetto le ha fatto vedere affiancati nello stesso libro testi poetici e traduzioni, e, oltre a ciò, leggere le sue poesie in due diverse lingue?

Fa l’effetto che possono fare due musiche, diverse ma imparentate e animate dallo stesso spirito. Però, attenzione, la poesia non è soltanto musica, è anche pensiero, immagini. I mondi di Meizoz e di Nessi sono diversi ma affondano nello stesso humus sociale, dialogano e si arricchiscono a vicenda.